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Ecœurée,
j’étais écœurée.
Il fallait prononcer ce bel adjectif avec la bouche arrondie,
en cœur,
l’espace d’un instant, celui de l’e dans l’o,
comme si les lèvres présomptueuses et saillantes mimaient ce rejet des circonstances.
Comme s’il était possible de cracher - avec grâce - ce poisseux decorum.
Ecœurée.
Préfixe privatif, inséparable e (deux) dans l’eau, et enfin le bouquet final en sourdine du e muet qui s’abîme, pour dire l’organe de l’affect exsangue, infecté, révulsé.
C’est brusque, la réalité dans la gueule. C’est rude, ce réel délavé qui râpe la cornée, enflamme le regard, sans l’illuminer.
C’est difficile de voir, de bien voir, difficile de recevoir les images sans masque, sans lunettes de soleil, sans myopie, sans angles flous, sans voiles.
Voir les pourtours aiguisés des choses et des gens nauséabonds, leurs aspérités, leurs rugosités, leur violence. Voir cet approximatif reflet de soi qui vous suit sans relâche, vous déçoit, répugne, vous flatte,
parfois.
Il le faut, pourtant,
approximativement.
Saisir le réel par poignées, sans gants,
déchirer l’écran divers pour que la lumière perçante soit,
souverains rayons de vrai.
Et le dire.

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