Au début c'était pas compliqué. Il y avait toi, il y avait moi et il y avait le reste. T'étais toi, j'étais moi, et le reste c'était le reste. Au début c'était bien.
Et puis Il est arrivé, oui lui, le Doute avec un grand D.
Il a gronD, tonné, soufflé, et nous a bombarD de questions sans réponses, nous laissant là, seuls avec ces méchantes questions qui nous narguaient joyeusement avec leur grand sourire. Et on ne savait plus, non -mais quoi?- on ne savait plus si t'étais moi ou si j'étais toi, si le reste c'était pas nous peut-être, ou si le reste on s'en fout. Ou peut-être que nous, c'est moi? Peut être que je dors, que tu dors, qu'on dort tous en ce moment? Et si toi t'es moi et que je suis nous, comment on fait? Comment on fait pour savoir combien on a de paires de pied, s'ils appartiennent à moi à mon voisin ou à la fleuriste? Non mais c'est vraiment pas possible! On vit vraiment dans un drôle de monde !
Avant c'était simple, mais c'était avant :
Bienvenu l'ami ! Tu es fin prêt à rentrer dans l'ère du compliqué (quel mot barbare d'ailleurs), dans l'ère de ces mots grinçants qui nous ont toujours fait peur mais qu'on laissait tranquillement someiller au fond du débarras dans la boîte pour quand on sera grand. Et puis la boîte s'est ouverte...
Et là ça a été la catastrophe : la boîte s'est mise à hurler, hurler des mots moches, des mots qui sonnent faux et qui font mal, des mots horribles qu'on n'entend même pas à la télé, des mots comme épiphénomène, axiologie, pro-blé-ma-tique, mise en abyme, maïeutique, structuralisme, existentialisme (eh oui les mots en -isme sont des tyrans), théosophie, cyclothymique, et même... PHENOMENOLOGIE
(bououhouou dit la foule)
Et puis du coup, on était perdus (lost quoi!), on savait pas quoi faire, quoi dire, quoi penser, dans quel ordre, pourquoi, comment, où, avec qui. Le grand méchant Doute était partout, dans les moindres recoins, sournois, guettant nos moindres faiblesses, nos haussements de sourcils interrogateurs, pour rentrer dans nos pauvres cerveaux tourmentés.
Alors on a pris les choses en main, on a tout pris, tout ce qui pouvait nous aider à tuer le grand méchant Doute. On a essayé les thérapies de groupe, la psychanalyse, le valium, le prozac, les clopes, le bio de danone, les nicopatch, le chocolat, les dragibus, le café, les graines bio qu'on fait germer comme des idées dans nos assiettes, et puis même, oui c'est honteux mais on n'avait plus d'espoir, oui même la drogue ! la coke, la dope, la beuh, l'héroïne ("qui moi?" demande l'héroïne), le crack, les bananes, le coca-cola, la vodka, et les asiles qui voulaient plus de nous, bref ! On a tout essayé, TOUT, absolument TOUT. Oui, même l'amour. Mais même l'amour ne pouvait rien face au grand méchant Doute. L'amour alimentait ses sombres desseins (oh la la dit la foule).
C'était la cata, pire que Waterloo, pire que la Bérézina, pire que la bombe H, on était désespéré. Alors... on a pris toutes nos forces avec nous, on a fait lever des armées entières, on a hurlé et crié nous aussi, plus fort que le grand méchant Doute, et on l'a tué. Oui, on l'a tu-é ! (ooooooh dit la foule ébahie)
Et puis on s'est mis à parler comme ça, comme de vrais méchants adultes qui ont tué le grand méchant Doute, la bouche crispée et agressive, pleine de bave (beuuuuh dit la foule. eh oui c'est moche la bave !) : " Ok je suis un gros connard mais vous vous êtes vus, vous, bande de rêveurs utopistes qui gaspillent le temps au lieu de maximiser votre utilité ? vous n'êtes que des gueux avec vos fantasmes et vos vieux idéaux tout moisis. N'allez pas me faire croire que vous n'êtes pas un peu wet, mesdemoiselles devant les rayons de Zara ou ceux des gels douche de Monoprix ... oh du choix ! Oh OUI du choix ! OH OUUIIIIII je choisiiiiis ! mon Dieu que c'est bon de dégainer ma carte bancaire à la caisse ... et le petit plaisir post-quadricolore qui perdure hasta l'utilisation dudit produit, hein, mesdemoiselles , vous n'allez pas oser nier tout de même ?"
Grandis et arrête de penser au grand méchant Doute, il ne te servira jamais à rien, va mon enfant, va ...
Et puis Il est arrivé, oui lui, le Doute avec un grand D.
Il a gronD, tonné, soufflé, et nous a bombarD de questions sans réponses, nous laissant là, seuls avec ces méchantes questions qui nous narguaient joyeusement avec leur grand sourire. Et on ne savait plus, non -mais quoi?- on ne savait plus si t'étais moi ou si j'étais toi, si le reste c'était pas nous peut-être, ou si le reste on s'en fout. Ou peut-être que nous, c'est moi? Peut être que je dors, que tu dors, qu'on dort tous en ce moment? Et si toi t'es moi et que je suis nous, comment on fait? Comment on fait pour savoir combien on a de paires de pied, s'ils appartiennent à moi à mon voisin ou à la fleuriste? Non mais c'est vraiment pas possible! On vit vraiment dans un drôle de monde !
Avant c'était simple, mais c'était avant :
Bienvenu l'ami ! Tu es fin prêt à rentrer dans l'ère du compliqué (quel mot barbare d'ailleurs), dans l'ère de ces mots grinçants qui nous ont toujours fait peur mais qu'on laissait tranquillement someiller au fond du débarras dans la boîte pour quand on sera grand. Et puis la boîte s'est ouverte...
Et là ça a été la catastrophe : la boîte s'est mise à hurler, hurler des mots moches, des mots qui sonnent faux et qui font mal, des mots horribles qu'on n'entend même pas à la télé, des mots comme épiphénomène, axiologie, pro-blé-ma-tique, mise en abyme, maïeutique, structuralisme, existentialisme (eh oui les mots en -isme sont des tyrans), théosophie, cyclothymique, et même... PHENOMENOLOGIE
(bououhouou dit la foule)
Et puis du coup, on était perdus (lost quoi!), on savait pas quoi faire, quoi dire, quoi penser, dans quel ordre, pourquoi, comment, où, avec qui. Le grand méchant Doute était partout, dans les moindres recoins, sournois, guettant nos moindres faiblesses, nos haussements de sourcils interrogateurs, pour rentrer dans nos pauvres cerveaux tourmentés.
Alors on a pris les choses en main, on a tout pris, tout ce qui pouvait nous aider à tuer le grand méchant Doute. On a essayé les thérapies de groupe, la psychanalyse, le valium, le prozac, les clopes, le bio de danone, les nicopatch, le chocolat, les dragibus, le café, les graines bio qu'on fait germer comme des idées dans nos assiettes, et puis même, oui c'est honteux mais on n'avait plus d'espoir, oui même la drogue ! la coke, la dope, la beuh, l'héroïne ("qui moi?" demande l'héroïne), le crack, les bananes, le coca-cola, la vodka, et les asiles qui voulaient plus de nous, bref ! On a tout essayé, TOUT, absolument TOUT. Oui, même l'amour. Mais même l'amour ne pouvait rien face au grand méchant Doute. L'amour alimentait ses sombres desseins (oh la la dit la foule).
C'était la cata, pire que Waterloo, pire que la Bérézina, pire que la bombe H, on était désespéré. Alors... on a pris toutes nos forces avec nous, on a fait lever des armées entières, on a hurlé et crié nous aussi, plus fort que le grand méchant Doute, et on l'a tué. Oui, on l'a tu-é ! (ooooooh dit la foule ébahie)
Et puis on s'est mis à parler comme ça, comme de vrais méchants adultes qui ont tué le grand méchant Doute, la bouche crispée et agressive, pleine de bave (beuuuuh dit la foule. eh oui c'est moche la bave !) : " Ok je suis un gros connard mais vous vous êtes vus, vous, bande de rêveurs utopistes qui gaspillent le temps au lieu de maximiser votre utilité ? vous n'êtes que des gueux avec vos fantasmes et vos vieux idéaux tout moisis. N'allez pas me faire croire que vous n'êtes pas un peu wet, mesdemoiselles devant les rayons de Zara ou ceux des gels douche de Monoprix ... oh du choix ! Oh OUI du choix ! OH OUUIIIIII je choisiiiiis ! mon Dieu que c'est bon de dégainer ma carte bancaire à la caisse ... et le petit plaisir post-quadricolore qui perdure hasta l'utilisation dudit produit, hein, mesdemoiselles , vous n'allez pas oser nier tout de même ?"
Grandis et arrête de penser au grand méchant Doute, il ne te servira jamais à rien, va mon enfant, va ...
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