J'écrivais ce livre à un moment où la littérature sentait furieusement le factice et le renfermé; où il me paraissait urgent de la faire à nouveau toucher terre et poser simplement sur le sol un pied nu. A quel point ce livre heurtait le goût du jour, c'est ce que laissa voir son insuccès total. Aucun critique n'en parla. En dix ans, il s'en vendit tout juste cinq cents exemplaires.
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Et quand tu m'auras lu, jette ce livre - et sors. Je voudrais qu'il t'eût donné le désir de sortir - sortir de n'importe où, de ta ville, de ta famille, de ta chambre, de ta pensée.
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Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.
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Une existence pathétique, Nathanaël, plutôt que la tranquillité. Je ne souhaite pas d'autre repos que celui du sommeil de la mort. J'ai peur que tout désir, toute énergie que je n'aurais pas satisfaits durant ma vie, pour leur survie ne me tourmente. J'espère, après avoir exprimé sur cette terre tout ce qui attendait en moi, satisfait, mourir complètement désespéré.
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Tout être est capable de nudité, notre émotion, de plénitude.
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Nos actes s'attachent à nous comme sa lueur au phosphore. Ils nous consument, il est vrai, mais ils nous font notre splendeur.
Et si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.
Et si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.
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J'espère bien avoir connu toutes les passions et tous les vices; au moins les ai-je favorisés. Tout mon être s'est précipité vers toutes les croyances; et j'étais si fou certains soirs que je croyais presque à mon âme, tant je la sentais près de s'échapper de mon corps, - me disait encore Ménalque.
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Fièvres des jours passés, vous étiez à ma chair une mortelle usure; mais comme l'âme s'épuise quand rien ne la distrait de Dieu !
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Combien durerez-vous, attentes ? et finies, nous restera-t-il de quoi vivre ? - Attentes ! attentes de quoi ! criais-je.
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Nathanaël, que chaque attente, en toi, ne soit même pas un désir, mais simplement une disposition à l'accueil. Attends tout ce qui vient à toi; mais ne désire que ce qui vient à toi. Ne désire que ce que tu as. Comprends qu'à chaque instant du jour tu peux posséder Dieu dans sa totalité. Que ton désir soit de l'amour, et que ta possession soit amoureuse. Car qu'est-ce qu'un désir qui n'est pas efficace ?
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VOLUBILITE DES PHENOMENES
Dès ce jour, chaque instant de ma vie prit pour moi la saveur de nouveauté d'un don absolument ineffable. Ainsi je vécus dans une presque perpétuelle stupéfaction passionnée. J'arrivais très vite à l'ivresse et me plaisais à marcher dans une sorte d'étourdissement.
Certes, tout ce que j'ai rencontré de rire sur les lèvres, j'ai voulu l'embrasser; de sang sur les joues, de larmes dans les yeux, j'ai voulu le voir; mordre à la pulpe de tous les fruits que vers moi penchèrent des branches. A chaque auberge me saluait une faim; devant chaque source m'attendait une soif - une soif, devant chacune, particulière; - et j'aurais voulu d'autres mots pour marquer mes autres désirs
de marche, où s'ouvrait une route;
de repos, où l'ombre invitait;
de nage, au bord des eaux profondes;
d'amour ou de sommeil au bord de chaque lit.
J'a porté hardiment ma main sur chaque chose et je me suis cru des droits sur chaque objet de mes désirs. (Et d'ailleurs, ce que nous souhaitons, Nathanaël ce n'est point tant la possession que l'amour.) Devant moi, ah! que toute chose s'irise; que toute beauté se revête et se diapre de mon amour.
Dès ce jour, chaque instant de ma vie prit pour moi la saveur de nouveauté d'un don absolument ineffable. Ainsi je vécus dans une presque perpétuelle stupéfaction passionnée. J'arrivais très vite à l'ivresse et me plaisais à marcher dans une sorte d'étourdissement.
Certes, tout ce que j'ai rencontré de rire sur les lèvres, j'ai voulu l'embrasser; de sang sur les joues, de larmes dans les yeux, j'ai voulu le voir; mordre à la pulpe de tous les fruits que vers moi penchèrent des branches. A chaque auberge me saluait une faim; devant chaque source m'attendait une soif - une soif, devant chacune, particulière; - et j'aurais voulu d'autres mots pour marquer mes autres désirs
de marche, où s'ouvrait une route;
de repos, où l'ombre invitait;
de nage, au bord des eaux profondes;
d'amour ou de sommeil au bord de chaque lit.
J'a porté hardiment ma main sur chaque chose et je me suis cru des droits sur chaque objet de mes désirs. (Et d'ailleurs, ce que nous souhaitons, Nathanaël ce n'est point tant la possession que l'amour.) Devant moi, ah! que toute chose s'irise; que toute beauté se revête et se diapre de mon amour.
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Je n'aime point ceux qui se font un mérite d'avoir péniblement oeuvré. Car si c'était pénible, ils auraient mieux fait de faire autre chose. La joie que l'on y trouve est signe de l'appropriation du travail et la sincérité de mon plaisir, Nathanaël, m'est le plus important des guides.
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Ne désire jamais, Nathanaël, regoûter les eaux du passé.
Nathanaël, ne cherche pas, dans l'avenir, à retrouver jamais le passé. Saisis de chaque instant la nouveauté irressemblable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu'en son lieu préparé te surprendra une joie autre.
Que n'as-tu donc compris que tout bonheur est de rencontre et se présente à toi dans chaque instant comme un mendiant sur ta route.
Nathanaël, ne cherche pas, dans l'avenir, à retrouver jamais le passé. Saisis de chaque instant la nouveauté irressemblable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu'en son lieu préparé te surprendra une joie autre.
Que n'as-tu donc compris que tout bonheur est de rencontre et se présente à toi dans chaque instant comme un mendiant sur ta route.
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Nathanaël, voici toute la chaleur de mon âme - emporte-la.
Nathanaël, je veux t'apprendre la ferveur.
Nathanaël, car ne demeure pas auprès de ce qui te ressemble; ne demeure jamais, Nathanaël. Dès qu'un environ a pris ta ressemblance, ou que toi tu t'es fait semblable à l'environ, il n'est plus pour toi profitable. Il te faut le quitter. Rien n'est plus dangereux pour toi que
ta famille, que ta chambre, que ton passé.
Nathanaël, je veux t'apprendre la ferveur.
Nathanaël, car ne demeure pas auprès de ce qui te ressemble; ne demeure jamais, Nathanaël. Dès qu'un environ a pris ta ressemblance, ou que toi tu t'es fait semblable à l'environ, il n'est plus pour toi profitable. Il te faut le quitter. Rien n'est plus dangereux pour toi que
ta famille, que ta chambre, que ton passé.

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